samedi 3 août 2013

Instant T

Les étés passent et se ressemblent, ils sont horriblement longs, et ça m'insupporte je n'aime pas l'été.
 Je rattrape mes lectures, je fais le tri dans mes affaires, je fais des projets, je fais des wish lists, je fais des to-do lists. Formulaire pour nouvelle carte vitale à faire. Aller chercher ma carte de séjour. Trouver un taff pour payer la dite carte de séjour. M'acheter un nouveau PC. Ne plus réviser mes partiels trois jours avant. Souffrant de procrastination aiguë, je réécris toujours les mêmes choses sur ces listes, et comme je me connais, j'ajoute : "Bon. A faire quand t'auras le temps hein, tranquille..". Cercle vicieux. Ce que j'aime c'est repasser en boucle l'année qui vient de s'écouler, penser à des moments forts, essayer de me les remémorer, réfléchir à ce que j'aurais fait différemment, à ce que je n'aurais pas fait, à ce que j'aurais dû faire. J'aurais pas dû faire comme si rien ne s'était passé. J'aurais p'tet pas dû le laisser filer.
J'ai rencontré Pierre cette année, on a tout de suite bien accroché, on est devenu pote immédiatement. C'est ce genre de meilleur pote avec lequel on vous harcèle de "Mais pourquoi vous sortez pas ensemble? Sérieux vous iriez trop bien ensemble! Oh! Je suis sûre que c'est ton substitut*, avoue!"


 L'été je deviens une paresseuse de compète, maxi poil dans la main, le poil est tellement géant et enraciné que tous les pots de cire, tous les tubes de crème dépilatoire de France ne suffiraient pas à l'arracher. Je fais tout au dernier moment, je suis une attentiste, une rêvasseuse, une je m'en-foutiste. Signe astrologique escargot ascendant limace.Je suis tellement lente l'été qu'avec la chaleur qui m'alourdit c'en est fatiguant. Beh ouais, ça fatigue de ne rien faire. Je suis très lente, je fais tout lentement, je mange lentement, je me douche lentement, je me mets de la crème lentement (bon là j'avoue c'est parce que je m'admire un peu),je m'habille lentement, je lis lentement, je travaille lentement, j'embrasse lentement, je fais l'amour lentement, je marche lentement, je regarde les choses lentement, je vis lentement. J'aime de plus en plus prendre le temps, regarder les choses en mouvement, me souvenir de ce mouvement, de ce que j'ai ressenti en le regardant. 
Le fameux moment avant  le premier baiser.. Des volontés, des énergies, des regards qui se rencontrent, des coeurs qui battent, des cerveaux en ébullition, des corps qui se tournent l'un vers l'autre, on lève le visage, on regarde ses lèvres qui se rapprochent, c'est le moment de vérité, même avec les yeux fermés, les mains vont vers l'autre. Que du mouvement. Et encore, on peut dire que c'est bateau comme moment de l'expression des volontés qui se mettent en mouvement, qui se cristallisent. Je me souviens de cette nuit durant laquelle on a franchi le pas. C'était au mois de mars, on sortait d'une soirée avec d'autres potes, je pouvais pas rentrer chez moi donc il m'a proposée de dormir chez lui vu qu'il était à deux minutes. On a ri en rentrant, on était saoul mais on en avait envie. On a fait l'amour comme des amis, c'était tendre et on riait, quand je sentais qu'il se fatiguait je le défiais pour le piquer un peu dans son orgueil, il répliquait mais il repartait quand même de plus belle pour mon plus grand plaisir. On s'embrassait pas comme des amoureux, on s'embrassait comme des amis, c'était tendre mais pas intense. 

Le moment que j'aime repasser en boucle s'est produit le lendemain de ma nuit avec Pierre. C'était pas le réveil, on s'est levés hyper tôt on avait cours, il m'a fait le p'tit déj, rien de surprenant les hommes me font toujours le p'tit déj le lendemain, hum hum.. Ce dont je me souviens c'est tout d'abord le trouble qui m'a habitée depuis lors.. C'est vrai qu'on irait p'tet bien ensemble, c'était pas passionnel mais l'amour c'est pas forcément la passion, le déchaînement des sens, ou une euphorie, ce n'était pas passionnel mais c'était vrai, on ne riait pas de gêne, on était complice et on s'est montrés notre attirance physique. J'aime 95% de sa personnalité, les 5% restants m'insupportent mais me font aussi beaucoup rire, on se retrouve sur beaucoup de choses, on partage des valeurs, et on est bien ensemble. Rien ne m'empêche d'être avec lui. Et le plus important, on est amis. Depuis cette nuit de mars, je ne pense qu'à tout ça. Je pourrai aller vers lui comme il est revenu vers moi.. Le moment où il est revenu vers moi c'est ce moment que je chéris le plus. On était en mars, il neigeait, on a fini de petit déjeuner, de se préparer, on s'est mis en route pour l'école.
La neige commençait à peine à tomber ce matin là, ça glissait un peu, je portais des derbies donc je marchais lentement de peur de me ramasser et de m'étaler de tout mon long, et Pierre lui marchait rapidement, il n'aime pas arriver en retard,on traversait le Pont de l'Alma, et il est revenu vers moi.
Il est revenu vers moi et il  m'a tendu la main . On a marché comme ça main dans la main. Sa main est apparue en une seconde, mais je vois encore sa main et le regard et le sourire qu'on s'est échangés.
Je ne cesse de me repasser ce moment en boucle, encore et encore,je revois le moment où sa main surgit comme si c'était hier.







*Alors pour ceux qui ne savent pas, avoir un substitut c'est avoir une personne avec laquelle on prévoit de se marier à ses 40 ans, en général son/sa meilleur (e) ami(e) si l'on est encore célibataire aux dangereux, inquiétants et désespérants alentours de cet âge.

lundi 15 juillet 2013

Summer soundtrack

"Grown woman" Beyonce  ( La chanson que j'écoutais quand j'ai reçu mes résultats de partiels, j'étais pas sereine je vous l'avoue, et bam! Danse de la victoire)

2-"When a fire starts to burn" Disclosure ( Ce son donne trop la PATATE, et sinon restez sur soundcloud ou allez sur YouTube et vous vous extasierez à l'écoute de la plupart de leurs mixes)


3- "Beautiful day" U2 qu'on ne présente plus. ( Parce qu'en ce moment tout roule! )

4- "Oceans" Jay-Z ft Frank Ocean
 ( Titre du dernier album de Jay-Z, "Magna Carta Holy Grail" sorti il y a peu, écoutez tout l'album si vous pouvez, de bonnes instrus, de bonnes collaborations, comme celle-ci justement avec Frank Ocean. Il est sorti Le lendemain de la sortie de l'album de Kanye West je crois, et perso j'hésite, je ne saurais dire lequel est le meilleur..)


5- "You and me" Disclosure/ Flume remix


6- "Bring you down" Flume ft George Maple ( le petit génie australien, un ptit mec tout maigrichon qui envoie du pâté)

7-"Girls" Yahtzel   (Petit coup de cœur)

"On fait le bilan calmement en s'remémorant chaque instant.."

Je passe en Master 1 International Management spécialisation Affaires internationales. Ouais c'est une bonne nouvelle mais bon je vous ai pas tellement parlé de ma première année en école de commerce donc vous n'avez pas la moindre idée de comment j'ai fini par vouloir faire ça.
Et bien ce serait assez long, laborieux, fastidieux à raconter donc je ne vais pas m'étendre, mais dès la rentrée je posterai plus d'articles sur le côté estudiantin dirons-nous, du long fleuve pas du tout tranquille qu'est ma vie.
Je me suis concentrée sur l'écriture sur le blog parce que j'avais l'impression que désormais elle m'était comme interdite dans la vie. Je devais absolument me concentrer sur ce que je voulais faire et abandonner l'idée du journalisme à laquelle je m'accrochais mordicus. J'ai cherché encore et encore pour trouver un projet professionnel qui inclurait l'écriture, c'est ce que je voulais absolument, quitte même à faire  un métier qui dans l'absolu ne m'intéressait pas ou était un compromis.. 'insuffisant'. Journaliste d'entreprise. N'importe quoi. Je voulais l'écriture toute entière, pas à moitié et pas comme ça.

J'ai donc décidé de garder l'écriture là où je pouvais l'avoir entière, dans ma vie personnelle, rien qu'à moi, pour moi et ceux qui me lisent.

Les relations internationales. C'était évident dès le départ mais comme d'habitude, je mets du temps à me rendre compte de certaines évidences, je tourne en rond alors que c'est là juste sous mon nez. Classic me. C'est marrant j'ai fait pareil en ce qui concerne l'amour, je me suis intéressée à d'autres et à la fin de l'année, je me rends compte que je savais intérieurement qui je voulais. Toujours la dernière au courant.
Les relations internationales j'adore, sans me vanter pour moi c'est du gâteau. Je suis au point là dessus depuis toujours et cette première année en école a développé chez moi un autre sens de la géopolitique et j'ai réalisé des tas de truc à propos de ce qui pouvait se passer à l'heure actuelle, mais à mon niveau j'ai aussi réalisé que j'étais carrément moins travailleuse, je bossais moins.  Donc voilà, c'est pas la sempiternelle et stéréotypée résolution post-bulletin et pré-rentrée, mais je compte sérieusement plus travailler cette année. J'ai déjà commencé en plus, je lis beaucoup, je réapprends, je regarde des documentaires, je me cultive de nouveau et dans tous les sens possible du terme. J'ai l'impression de redevenir moi-même.

En prepa, j'avais choisi mes matières et j'étais un peu (trop) révoltée, je n'ai pas montré ce dont j'étais capable, et je sais qu'encore aujourd'hui, certains profs parlent de moi en des termes pas très élogieux.  Une véritable fumiste la nénétte que j’étais, elle avait ses raisons mais fumiste quand même. Cette année je crois que j'aurais dû quitter ce rôle de fille en colère et qui se fiche de tout. Ça y est, j'ai plus mal, la vie est redevenue belle depuis un bout de temps maintenant, je peux redevenir celle que j'étais dans les études, c'est-à-dire la meilleure (geeeeeeenre). Et bah ouais, dans mon jeune temps, j'étais toujours première. C'était les années fastes.. J'ai été très orgueilleuse plus jeune pour ça, mais plus tard même en étant plus au top, je l'étais. Aujourd'hui je ne veux plus me satisfaire orgueilleusement  et surtout comme une teubé, des commentaires type "vous êtes la meilleure, mais vous ne travaillez pas" ou encore  "le talent sans travail est peu de chose Mademoiselle".
Ces deux commentaires là m'avaient plutôt secouée. Alors aux copines qui sont pareilles, je vous l'ai déjà dit mais je vous le redis, et à tous ceux que je ne connais pas qui sont dans le même cas, ne vous reniez pas. C'est vrai que l'image de premier de la classe est dure à porter, et que la rendre moins lisse avec des hauts faits d'alcool, avec quelques petits actes de rébellion ou que sais-je encore peuvent nous faire croire à nous et donc aux autres qu'on est quelqu'un d'autre mais c'est faux. À l'exception de vous-même, personne ne vous en voudra d'y avoir cru, vous êtes humains, mais c'est votre temps, votre énergie et un investissement dans votre avenir et pas dans celui des gens que vous espérez impressionner, que vous perdez. Restez-vous même.
Ça y est j'ai fini mon-moment-émotion-manifeste-des-têtes-d'ampoules. L'évidence la plus serinée,la plus rabâchée,la plus évidente même: rester soi-même. Être fidèle à soi- même, surtout aux bons côtés. Encore faut-il savoir ce qu'on fait de bien, et oui c'est pas si facile que ça en a l'air. Je pense qu'il faut avoir un certain rapport à la vérité, il faut savoir aimer la vérité. Ça c'est un sujet auquel j'ai beaucoup réfléchi cette année mais on en reparlera une autre fois.

Des prises de consciences qui valent bien l'ouverture d'un chapitre 3, Le Dragibus n'est plus en ébullition, et ce n'est pas non plus l'âge de raison, mais je suis clairement plus assagie, avec de nouveaux buts, de nouvelles priorités, de nouvelles motivations, mais toujours avec la même soif de grandir et d'avancer.

jeudi 13 juin 2013

Aimer son prochain.

Si j'avais pu choisir,je ne t'aurais pas choisie. 
Une telle incompréhension règne entre nous,j'éprouve une telle absence d'amour envers toi,honnêtement,je ne saurais dire où est-ce que je trouve la force de te supporter au quotidien,et même parfois de rire avec toi. C'est vrai qu'il m'arrive de t'apprécier mais bon, tu ne tardes jamais à faire ou à dire quelque chose qui va me mettre hors de moi et me rappeler non pas à quel point je te hais,mais à quel je ne t'aime pas,à quel point je le ressens dans tout mon corps. Bientôt 18 ans que je tolère Elisa,que je l'accepte tant bien que mal comme elle est. Je n'y peux vraiment rien, elle m'exaspère, elle me sort par tous les pores. Elisa tu me donnes envie de m'arracher les cheveux et de m'écorcher. J'ai l'impression de survivre, tu es comme ces choses dont on dis qu'on vit avec. "je n'aime pas ma petite sœur,bientôt 18 ans que je vis avec".
Je ne me souviens même pas de ton arrivée. Je crois que les trois premières années de ma vie n'ont pas été très drôle et que ton arrivée n'a pas arrangé les choses. Tu es depuis toujours comme quelque chose qui me gêne,qui m'entrave,qui me pèse. Je me souviens de ce matin,où j'étais en retard à l'école,mais comme tous les matins je devais d'abord te déposer à la maternelle. Te laisser seule devant la grande porte d'entrée,t'abandonner là et courir vers mon refuge,mon école,là où tu n'existais pas,apparait encore aujourd'hui comme la meilleure décision que j'ai jamais prise jusque là. C'est honteux? Je ne trouve pas. C'est tout ce que tu méritais déjà à cette époque,même innocente, et c'est tout ce que tu mérites encore aujourd'hui. Toi et avec cette raison,cet entendement,cette logique,cet esprit,cette intelligence que tu crois posséder, tu mérites que je ne te considère pas,que je ne fasse pas attention à toi,que je ne t'aime pas.
Ma pauvre mère. On pourrait croire que c'est pour elle que je n'ai pas encore dit toutes ces choses à haute voix,que je ne lui ai pas dit le fond de ma pensée, mais c'est faux. Si je ne le dis c'est parce que je sais que c'est mal vu par la société,et que j'en suis venue à me demander ce qui ne tournait pas rond chez moi. Pourquoi les autres aiment leur petite sœur et moi non? 
Je n'aime pas ma sœur,elle est sortie du ventre de ma mère,ma mère l'a portée 9 mois,ma mère l'aime,mais je ne lui souhaite rien de bon,je veux qu'elle échoue,pour souligner ma supériorité sur elle,je veux qu'elle ait des problèmes pour la voir souffrir. D'ailleurs je voudrais qu'elle trouve mon journal si ce n'est pas deja fait,et qu'elle se sente seule au monde en le lisant, qu'elle ait mal,qu'elle en chiale et je voudrais être là pour voir ça.
 Je ne t'aime pas Elisa,je ne t'ai jamais aimé,et je ne pense pas t'aimer un jour. Non tu ne rêves pas,c'est bien de toi dont je parle.

Je n'arrive pas à croire qu'on partage de l'ADN,je n'arrive pas à croire qu'on soit sortie du même ventre,on est tellement différentes,tellement loin l'une de l'autre.
Pourtant je voudrais aimer Elisa. Enfin je crois. 

mardi 21 mai 2013

Les amours de rodage.

La plupart des gens ne comprennent pas ma manie de relire les mêmes livres, de revoir les mêmes films et jusqu'à ce soir, je dois avouer que finalement je ne la comprenais pas non plus. Je ne la comprenais pas dans le sens où moi-même, je me trompais sur les raisons de cette manie.
Jusqu'à ce matin, je pensais que c'était une manière de rester dans l'enfance, que c'était comme ma tradition, ma manière de retrouver un sentiment de bonheur, les livres c'est toute ma vie après tout, les livres qu'on préfère procurent un sentiment de contrôle, là au moins je connais la fin de l'histoire.. J'ai faisais fausse route. C'est fou comme on arrive à avoir des évidences sur certaines choses, et parvenir à les renier pour se convaincre d'autre chose, et pourquoi..? Moi et mon inconscient. Une longue histoire d'amour qui ne connaîtra jamais la routine, on se redécouvre chaque jour.
J'ai plein d'idées sur la vie, les choses, les gens,l'amour et moi mais aujourd'hui en revisionnant Les Amants du Flore, j'ai compris plusieurs choses.
J'ai cru avoir été malheureuse parce que j'ai cru avoir aimé, mais c'était faux, j'étais amoureuse de l'amour, de l'idée du couple, je me l'imposais au lieu d'attendre qu'il s'impose à moi comme on dit. Je n'ai jamais reçu parce que je n'ai jamais donné, et si j'ai une fois reçu ça n'a pas marché parce que je ne voulais pas,je n'étais pas prête au fond à ce qu'on me donne.
"Donner quelque chose qu'on a pas à quelqu'un qui n'en veut pas.." 
Je comprends cette phrase maintenant. L'amour n'a jamais été assez fort pour me faire douter de moi,il n'a jamais assez bouleversant pour me changer, pour que je me renie, pour que je me rende et que je donne tout pour quelqu'un d'autre que moi-même. Je n'ai jamais eu le sentiment d'absolu. Je n'ai jamais rien senti. 
Et pourtant oui j'ai été triste, j'ai déjà pleuré pour un homme, j'ai déjà vécu juste pour un homme, j'ai déjà supporté la vie à cause d'un homme, j'ai déjà maudit un homme et sincèrement regretté que nos chemins se soient croisés mais je m'en suis remise plutôt rapidement finalement. C'est Sartre qui a raison, pas lorsqu'il dit que "l'enfer c'est les autres", non je trouve toujours cette affirmation trop radicale, non il a raison lorsqu'il dit dans le film que les autres ont des sentiments et qu'ils nous le font payer cher. C'est ce que j'ai fait, je leur ai imputé à chaque fois tout mon malheur parce que parlons peu, parlons bien, c'était l'autre le problème, c'était tous simplement eux qui avaient tort, et bien sûr à chaque fois.
Longtemps je fus immature, là réside la véritable explication de cette succession d'échecs cuisants.
L'amour c'est une histoire de grandes filles et de grands garçons.

samedi 11 mai 2013

Le premier homme.

Une lumière rosée par les fins rideaux rouges accrochés devant la fenêtre plongeait la pièce dans une semi-obscurité, une semi-obscurité qui donnait une teinte hâlée à leur peau, une semi-obscurité qui ne leur donnait aucun indice sur l'heure qu'il était. Était-il depuis longtemps l'heure de s'être levé, de s'être regardé à moitié gênés, d'avoir voulu parler de ce qui s'était passé, d'avoir voulu recommencer? Quelle heure était-il?
Lorsqu'elle ouvrit les yeux,elle se souvint qu'elle ne s'était pas endormie seule,elle se souvient de tout en une fraction de seconde. Elle paniqua immédiatement. "Mais quelle conne, mais quelle conne, mais quelle coooonne !!!!" Elle se tranquillisa aussitôt, en fait elle se tranquillisa dès qu'elle se rendit compte qu'Adam s'était endormi en laissant sa main sur son ventre. Elle posa sa main sur la sienne.
Elle ne le regardait pas comme on regarde le plus bel homme du monde, elle ne le regardait pas comme la huitième merveille du monde non plus, non en fait, elle le regardait comme s'il était le seul homme sur terre qui n'ait jamais existé. Le seul qu'elle ait jamais vu et connu et elle ne voulait pas savoir s'il en existait d'autre. Elle le regardait comme s'il était le truc le plus cool qu'elle ait jamais vu et qui existe. Tout doucement elle lui caressa les doigts, l'avant-bras, remonta jusqu'à l'épaule, et se rapprocha un  peu plus de lui, si bien que sa poitrine touchait son torse, et là il la pris dans ses bras. Elle sentait son souffle régulier au dessus de sa tête, elle ne s'était jamais sentie aussi bien, aussi en sécurité qu'à cet instant, dans ses bras. Elle embrassa son menton. Elle était bien.

Adam lui avait avoué qu'il l'aimait il y a déjà trois jours, et ce jour là, à cet instant précis, des sentiments divers s'étaient succédé. L'incertitude:  " P'tet qu'il en a juste marre d'être seul? P'tet qu'il veut juste se poser et comme il me connait déjà c'est plus facile.. ?"
Le soulagement :"ENFIN! Il aura mis le temps! Ah.. il sait."
Le bonheur: " Tu m'aimes? Tu m'aimes moi? Il m'aime. Ouiiii on est fait l'un pour l'autre, on sera heureux tous les deux." Le doute: "Naaaan il bluff. Il ne sait rien, comment pourrait-il savoir?On se connait depuis toujours et j'ai jamais rien laissé filtrer.. Enfin je crois.. On va se mettre ensemble, et après quoi? Je suis une copine horrible, je ne sais pas être en couple,je ne sais pas ce que ça veut dire, je suis une grosse flippée ! Comment être en couple avec lui? Je serai jamais à la hauteur..  Il va me larguer c'est sûr."
En temps normal, Romane se posait déjà beaucoup de questions mais là, elle se trouvait dans une situation qui l'embêtait un peu, un entre-deux bizarre : elle l'aimait et il l'aimait aussi et c'est tout ce qu'elle avait toujours voulu mais c'était arrivé si vite, elle ne l'avait pas vu venir. Habituellement, elle savait ce qu'il avait dans la tête, depuis quand réfléchissait-il à tout ça? Qu'est ce qui l'avait trahie?
Elle s'était retournée.
-"Manuuue, pourquoi tu bouges comme ça là?"
-" Oups.. Désolée je te pensais endormi, j'allais me lever"
-"Ah ça non, tu restes là.." Il la ramena un peu plus vers lui en souriant, et la salua d'un baiser qui fit presque défaillir tout son être. Divin.

Elle sourit, elle sentait le cœur d'Adam battre plus rapidement. 
"Je fais battre son cœur? Je fais battre son cœur.. Je fais battre son cœur ! La joie et l'excitation traversèrent tout son corps, elle en frissonna et gigota, elle ne tenait plus en place, et lui non  plus..

On sera bien tous les deux, pas parce qu'on se connait déjà et que ce sera facile, non, ce sera facile et on sera bien tous les deux, parce qu'on est déjà bien là.. Mais t'es bête ou quoi? C'est jamais facile! On veut être ensemble,il m'aime et je l'aime, on est adulte maintenant, on a plus 16 ans. Il m'a reconnue, il ne me prend plus pour une autre, il me prend enfin pour celle que je suis.On sera bien tous les deux."





jeudi 25 avril 2013

Reconnaissance.

Il marchait rapidement, sans même trop savoir où il allait, les pensées se bousculaient dans sa tête, il était réellement chamboulé, il voulait rire, pleurer, crier,s'arrêter et réfléchir mais quelque part il savait ce qu'il avait à faire. Certes les pensées se chamboulaient et il avait besoin de réfléchir mais c'est ça le truc avec les évidences, on veut forcer les choses, on veut réfléchir encore et tourner les choses dans le sens qui nous arrange, mais c'est justement ce qui l'avait  amené à vivre dans le déni dans lequel il avait vécu ces deux dernières années. Il avait passé les premiers mois à guérir de sa rupture avec une automédication bien connue de tous, l'alcool, il avait eu sa période "Tfaçon c'est toutes des putes", il se disait qu'il se devait de rattraper ces années de célibat qu'il avait perdues à l'aimer. C'est vrai que les premiers mois, il était malheureux,misérable,pitoyable,et un peu douteux niveau hygiène il faut le dire, pendant cinq mois il a ramené une fille différente chaque soir, mais malgré ça il était malheureux,misérable, pitoyable et il le savait, Romane sa vieille amie le lui disait, "Tu fais ça parce que tu es malheureux, mais ce que tu fais te fait paraître misérable,sérieusement Adam, rien à voir avec un pseudo-discours féministe, rien à foutre de ces filles, elles font ce qu'elles veulent, et elles savent ce qu'elles font,mais sérieux arrête. Déjà c'est pas sain et ensuite c'est surtout pitoyable, et tu le sais aussi bien que moi.."
Et c'etait vrai, ça ne lui faisait aucun bien, c'était vide de sens, c'était pas lui ça.
Et un soir, il en a eu marre, il lui a donné rendez-vous, il se sont vus.
En marchant dans cette rue, il se souvenait de tous ces instants, étrangement, lui vint aussi à l'esprit les premières pages de Crime et châtiment, il s'imaginait marchant avec la même allure que Raskolnikov, ça le fit rire de penser à ça, à un moment si déterminant de sa vie, et il en vint à se demander pourquoi il pensait à Dostoievski à cet instant, pourquoi penser à la littérature russe quand il n'avait plus qu'elle en tête, quand il était sûre qu'il n'avait besoin que d'elle. Il avait donné quatre ans de sa vie à Julia, il avait moins vu ses potes pour elle, il avait changé de style vestimentaire pour elle, il avait même accepté d'arrêter de balancer des vacheries sur ses amies, et de donner des astuces à ses potes pour se les taper. Il était devenu un canard pour elle, il s'était assis sur plusieurs weekends  de "visites de musées" à Amsterdam, de soirées avec ses potes pour cocooner avec elle ou aller tester tous les nouveaux bars de Paris avec elle. Il avait appris à faire des compromis, avant il ne croyait pas en ce genre de conneries mais pour le coup Julia l'avait vraiment rendu meilleur. Ce qui l’énervait ce n'était pas d'avoir fait tous ces sacrifices,non, ce qui l'énervait c'était d'avoir fait tout ça pour elle, et qu'elle le quitte. Il pensait sincèrement être sorti grandi de tout ça,mais subsistait quand même un sentiment de rancœur,d'une certaine injustice. Et Romane est celle qui avait été là pour faire taire ses mauvais dialogues intérieurs, c'est Romane qui s'était occupée de lui après la discussion "malheureux/misérable/ pitoyable", c'est elle qui lui avait redonné confiance, elle lui a redonné le sourire, il s'en est remis. Il vivait à nouveau pour lui, restait seulement une amertume étrange dans son regard, peut-être celle commune aux gens qui ont cru construire, réussir quelque chose et qui l'ont vu s'effondrer.
C'est pourquoi là, en marchant dans la rue Aimé Lavy , il était déterminé à lui dire qu'il avait été aveugle, non! qu'il avait carrément été con et qu'il voulait créer quelque chose de nouveau avec elle, se recréer lui même et recréer leur "nous".
C'était elle, c'est sûr, elle avait pris soin de lui, elle l'avait laissé prendre son temps, elle savait comment lui parler, et  elle avait ce petit regard qui voulait tout dire.. Ce petit regard qui voulait tout dire il le comprenait maintenant,c'était un regard plein d'amour.
Évidence. Certitude. Ce ne sont pas tellement  des choses qui se prouvent, ce sont des choses qui se sentent.
Il l'appelle avec l'interphone, "Il faut que je te parle." L'ascenseur est en panne,super. Alors c'est comme ça, c'est comme dans les films, je monte,je lui dis que je l'aime et que je veux qu'elle me fasse une ribambelle de gosses, elle me saute dans les bras et c'est bon on vit ensemble heureux pour toujours? Pour la première fois de sa vie Adam souhaitait vraiment que les films s'inspirent de la réalité et que le cliché se vérifie, là,dans deux étages, avec Romane.

 La voix de Romane lui  parvient, elle chante comme une casserole une chanson de Billie Holiday..
  I am a fool to want you.. Comme une casserole mais elle y met du cœur. Elle doit sûrement faire le ménage. Il écoute un instant, il rit, prend une bouffée d'air et sonne. Romane lui ouvre, elle porte un débardeur blanc, un short noir , et elle a la brosse des toilettes dans la main droite. C'est là que je suis censé la trouver plus belle que jamais comme dans les films? Il sourit,elle sourit aussi, le fait entrer, et retourne nettoyer ses toilettes. "Bah alors qu'est ce qu'il t'arrive?" 
-Tu m'aimes.C'est pas une question Manue, tu m'aimes je le sais, j'en suis sûr et je t'aime aussi. 

Ils se regardaient droit dans les yeux, la brosse des toilettes s'était retrouvée par terre, le tourne disque grésillait.